Infos pratiques

Lundi 30 novembre 2020 à 14h00 > 16h00
faculté de droit et de science politique de Rennes - Salle 209

Orateur(s)

Camille Giraudon
Rennes 1 / Arènes

Soutenance de thèse de Camille Giraudon

Titre de la thèse : Une école pour chacun » ? L’autonomie enseignante face à la l’injonction à la personnalisation. Enquête ethnographique au sein de trois lycées sur la réforme Chatel

Composition du jury :
– Lorenzo Barrault-Stella, chargé de recherche CNRS, CRESPPA-CSU – Université Paris 1, Rapporteur
– Émilie Biland-Curinier, professeure des universités, Sciences Po Paris
– Bertrand Geay, professeur des universités, Université d’Amiens, Codirecteur de thèse
– Pascal Guibert, maître de conférences, Université de Nantes
– Christian Le Bart, Professeur des universités, Sciences Po Rennes
– Erik Neveu, professeur émérite, Sciences Po Rennes, Directeur de thèse
– Agnès Van Zanten, directrice de recherche CNRS, Observatoire sociologique du changement – Sciences Po Paris, Rapporteure

Résumé : Présentée comme indispensable pour répondre à l’hétérogénéité croissante du public scolaire, une logique de différenciation du traitement des élèves accompagne, sous diverses formes, le processus de massification scolaire. En engageant les acteurs éducatifs à « personnaliser » la prise en charge des élèves et les parcours scolaires, dans le cadre d’une autonomie accrue des établissements, la réforme Chatel des lycées d’enseignement général et technologique réactualise cette logique d’adaptation scolaire. Cette thèse interroge les appropriations et effets de la réforme Chatel dans les établissements sous l’angle de la cohérence du groupe professionnel, et plus encore de ce que l’injonction à la personnalisation fait à l’autonomie professionnelle enseignante, entendue comme la capacité du groupe à maîtriser la définition et la pratique du travail. Elle s’appuie pour cela sur une enquête ethnographique, menée dans trois lycées, qui articule observations du quotidien professionnel et entretiens avec des enseignants ainsi que des personnels de direction. Grâce à l’éclairage croisé de la sociologie de l’action publique et de la sociologie des groupes professionnels, la thèse montre que les reconfigurations ambivalentes que la réforme alimente dans les rapports au métier des enseignants, ainsi que dans les rapports de travail et de pouvoir au sein des établissements, tendent à fragiliser l’autonomie du groupe professionnel enseignant. D’une part, si les marges d’autonomie octroyées par la réforme permettent aux équipes enseignantes de modeler partiellement leur cadre de travail, elles se heurtent au renforcement des moyens d’action des personnels de direction et à leur incursion facilitée en territoire pédagogique. D’autre part, au-delà d’une tendance commune à l’alourdissement de la charge du travail, les injonctions et dispositifs de la réforme font l’objet de logiques pratiques contrastées et génèrent des effets asymétriques sur les rapports au métier. Ceux-ci s’arriment à des trajectoires sociales et à des positions dans l’espace professionnel elles-mêmes différenciées. Enfin, l’autonomie d’un groupe professionnel passe également par sa capacité à se penser et s’organiser collectivement. Or, si la réforme étudiée peut être le support de dynamiques collectives à l’échelle locale, elle participe également au morcellement des expériences professionnelles et révèle autant qu’elle exacerbe des clivages dans les conceptions et positions professionnelles. Cette thèse contribue ainsi à éclairer les recompositions des modalités de travail et d’organisation du groupe enseignant, au cœur d’une tension entre processus de segmentation et manières renouvelées de faire collectif.