
Pascal Crépey est enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques au département Méthodes quantitatives en santé publique (METIS) de l’EHESP et rattaché au laboratoire Arènes au sein de l’équipe Inserm de Recherche sur les services et le management en santé (RSMS).
Alors que l’hantavirus a placé au cœur de l’actualité la possibilité de faire face à de nouvelles crises épidémiques, Pascal Crépey revient sur son parcours et ses recherches en cours autour de la préparation du système hospitalier face aux situations exceptionnelles.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
J’ai une formation en mathématiques appliquées et je me suis spécialisé dans la modélisation et l’analyse des systèmes complexes. J’ai fait un master de sciences en intelligence artificielle (en fait maîtrise et DEA) à cheval entre la Suède (Uppsala) et l’université Pierre-et-Marie-Curie entre 2001 et 2003. À l’époque, l’IA n’était pas très en vogue et les réseaux de neurones servaient tout juste à piloter des ascenseurs. C’est en arrivant en thèse que l’on m’a proposé d’appliquer ces méthodes de modélisation aux problématiques de propagation des épidémies. C’est donc par l’angle des méthodes quantitatives complexes que je suis devenu épidémiologiste. À l’EHESP depuis 2010, je travaille au sein de l’équipe Inserm RSMS au sein de l’unité Arènes (UMR 6051) et je suis professeur en épidémiologie et biostatistique, plus particulièrement spécialiste de la dynamique des maladies infectieuses.
Quel est le sujet de vos recherches ?
Un axe majeur de mes travaux porte sur la modélisation de la dynamique des épidémies de maladies respiratoires, notamment la grippe, la Covid-19 et le virus respiratoire syncytial (VRS). Bien avant la pandémie de Covid-19, ces recherches ont contribué à fournir aux décideurs publics des analyses approfondies sur l’évolution des situations épidémiques ainsi que des éclairages sur les différentes stratégies envisageables pour anticiper et gérer les crises sanitaires. Le système hospitalier est un système complexe par nature. Le modéliser, c’est chercher à mieux le comprendre à différentes échelles, du parcours du patient jusqu’aux échanges entre hôpitaux. C’est un enjeu majeur de mes recherches qui trouve des applications dans plusieurs domaines, par exemple le projet ARCANE (Contrôle de la résistance antibiotique par l’adaptation des réseaux de soins, financé par l’ANR) qui s’intéresse à la diffusion des bactéries multirésistantes via les contacts entre patients.
Depuis la crise du Covid-19, la communauté des spécialistes de la modélisation des maladies infectieuses – qui rassemble une centaine d’experts dans une dizaine d’équipes en France – a pleinement pris conscience de la nécessité de mieux se préparer aux futures crises sanitaires. Nous savons en effet que d’autres épidémies surviendront et qu’il est donc essentiel de renforcer dès aujourd’hui nos dispositifs de préparation et de gestion.
Pouvez-vous nous en dire plus sur l’étude PReVIX ? Quel est votre rôle au sein de ce projet de recherche sur les maladies infectieuses émergentes ?
La partie que je pilote du projet PReVIX (préparation pandémique au virus respiratoire X, financé par le Programme et équipements de recherche prioritaires ANRS-MIE) porte sur la manière de mieux préparer le système hospitalier à une éventuelle crise pandémique d’une maladie respiratoire. L’objectif est de mieux comprendre comment les hôpitaux fonctionnent en situation de forte tension et quelles sont leurs capacités d’adaptation face à ce type de crise.
Au sein de ce consortium d’équipes porté par l’Université de Montpellier, mon rôle est d’apporter mon expertise en épidémiologie quantitative et en modélisation des systèmes complexes et des dynamiques interhospitalières en particulier. Nous travaillons notamment, avec Nicolas Sirven et Loic Guérin (EHESP), sur des modèles capables d’identifier les tensions hospitalières et de quantifier le niveau de résilience des unités médicales. Ce socle qui nous permettra d’identifier les facteurs clés pour renforcer la résilience de notre système de soin.
Ce projet va en fait bien au-delà du seul cadre de la préparation aux pandémies. Il s’inscrit dans une réflexion plus large sur la capacité du système hospitalier à faire face à des crises majeures. Nous nous intéressons par exemple à des scénarios dans lesquels les hôpitaux militaires pourraient être mobilisés différemment, avec des conséquences importantes sur l’organisation des soins pour les patients civils. L’objectif, au final, est de développer des outils d’aide à la décision pour mieux accompagner les autorités sanitaires et les établissements de santé dans la gestion de situations exceptionnelles.
Publié le 11 juin 2026 sur le site internet de l’EHESP

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